06 avril 2025

En route vers des Sommets


Tout peut arriver en sport même l'improbable et le plus inattendu ! En 26 ans de couvertures médicales, nous avons vécu ce jour l'inédit du rugby et du parachutisme. J'avais par le passé décroché un parapentiste perché en haut d'un peuplier en secours montagne mais là, la surprise fut totale avec le porteur du ballon de la rencontre, un capitaine pourtant expérimenté. Pendu par un filin, nous avons conjointement déployé avec les Sapeurs Pompiers, le personnel du ST, les stadiers une sécurité maximum au cas où. Vingt minutes pour que le GRIMM arrive et décroche avec succès notre malheureux homme volant.BRAVO. Après la COVID, j'avais cru tout voir dans les mises en places de dispositifs santé pour la population mais aussi en secours montagne. La chaîne de secours a fonctionné sans anicroches pour atteindre le sommet de la réussite. 
Deuxième sommet de l'après-midi avec la victoire du Stade qui se rapproche un peu plus d'un nouveau sacre à condition de montrer tout autre choses que les scories inhabituelles et inattendues de la première mi-temps. C'est bien la preuve que l'adversaire était coriace. C'est dans la douleur et l'effort que l'on construit la saga d'un club. La chaleur a surpris les anglais qui ont mis un genou à terre dès le début de la deuxième mi-temps. Le reste, 4 essais dont un signé Ange, blessé sur l'action ou nous fûmes mis à contribution une nouvelle fois. Un plaisr gourmand de voir notre efficacité et notre grand professionnalisme. 
Troisième sommet à venir, celui des sacres, championnat de France et Coupe d'Europe du moins une ambition présente dans la tête de tous et du staff en particulier, tout comme les joueurs avides de succès. La 2e mi-temps, chère à Hugo Mola, dans un interview, a commencé, et je peux vous dire qu'en cas de succès la poire sera juteuse ! 
Le quatrième sommet c'est le mien. Parti d'une feuille blanche, d'une foi inébranalable, d'un groupe d'amis indéfectibles, nous avons avancé nos pions par nos actions et par la preuve que la médecine d'urgence est au service de tous y compris dans une enceinte de rugby. Pari réussi aujourd'hui pour mon plus grand bonheur. J'ai enfin réalisé que tout ce temps passé dans l'ombre des codes et des institutions a porté ses fruits. Je ne compte plus les titres de champions de France, les coupes d'Europe mais secrètement un jour je pourrais dire que j'y étais, que j'ai eu cette chance de cotoyer l'excellence du rugby à la toulousaine même s'il y a eu des périodes de disette, qu'importe. Le choix de mon successeur y est pour beaucoup et je l'en remercie énormément. Nous n'avons pas faits que partager le DUMUM, il comprendra s'il me lit. De voir et de sentir ce public si partisan, soulève en moi des émotions indescriptibles dont j'avoue avoir du mal à le traduire par des mots. J'ai connu dès mon très jeune âge ce qu'était la passion de l'ail lomagnol, la rugosité de la vie, aujourd'hui coule en moi la brique rouge des Minimes ou les Mémés aiment la castagne et ma pincée de tuiles emportera avec moi tout ce cordon rouge et noir qui a enlassé cette passion ovale que fût une partie de ma vie. Ganhi disait à juste titre "une vie de sacrifices est le sommet suprême de l'art. Elle est pleine d'une véritable joie". Ravi d'avoir accompli ce rêve fou et de l'avoir partagé en toute modestie.

21 mars 2025

 Ail et Pousse Café


Rares sont les années ou nous cumulons les titres européens en U20 et Séniors et pourtant nous ne sommes toujours pas champion du Monde. Seuls les jeunes ont réussi la passe de trois échouant en finale en 2024 devant nos éternels ennemis les Anglais ! Si nous sommes toujours en train de parler de "Galthié", méfions-nous de "Mr Borthwick" et de Borthwick Castle, le fantôme écossais qui construit aussi sa toile avec un peu plus de difficultés. Vous le savez, ce n'est plus un secret, Médol a atteint la pyramide de l'événementiel et il a fallu 26 ans !  26 ans de partage, de travail, d'abnégation, de déceptions et de joies avec un résultat positif, 2 coupes du Monde et un tournoi des VI Nations. Que cette chronique soit dédiée à toutes celles et à tous ceux qui ont fait de cette entité une marque de fabrique dédiée au Rugby et à l'Urgence avec toute l'Amitié que je leurs porte. Que sera le pousse café ? Le Stade de France a réveillé ma conscience d'observateur privilégié. Le cloisonnement de chacun nuit à une entière cohésion nationale. Et j'en veux pour preuve d'avoir passé la soirée d'automne avec Sir John Kirwan, l'antipode même d'une autre culture. Pas de barrières, un groupe seul et soudé ce que les éducateurs bénévoles vous transmettent dès le plus jeune âge. De voir Dupont isolé comme une bête curieuse m'a permis de percevoir que quand vous êtes blessé vous êtes encore plus vulnérable et traqué. Souvenir poétique d'Alfred de Vigny "La mort du loup" : "Il nous regarde encore, ensuite il se recouche, Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche, Et, sans daigner savoir comment il a péri, Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri .... Mais son devoir était de les sauver, afin, De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim, A ne jamais entrer dans le pacte des villes, Que l’homme a fait avec les animaux serviles, Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher, Les premiers possesseurs du bois et du rocher." Tout est donc question de hiérarchie dans les tribunes au-dessus du banc du terrain ou l'escadron des fantassins sonne le halali tant attendu. Personne ne se mélange et ne se parle sauf pour lever les bras ! Les remplaçants s'isolent du staff petites mains ; à côté siègent la plèbe des invités privilégiés des joueurs, en haut "la Cage aux Folles " et dans la tribune officielle les nantis de la FFR mélangés aux politiciens et au show bizz. Facile de comprendre que chacun doit jouer un rôle sans pour autant former un groupe. Pour cela, les coulisses vous apprennent encore plus sur les petits pouvoirs de chacun. Comme tout adjudant, il faut montrer patte blanche et écouter la leçon et les recommandations très pointilleuses. Moscato a une expression que j'aime bien "des pompes à vélo" ! Vous avez donc compris qu'ici point de "pousse café" au comptoir comme au club house, que chacun a ses privilèges et qu'on ne mélange pas torchons et serviettes. Et c'est d'autant plus frappant quand vous êtes avec nos cousins Ecossais faits de simplicité, de fluidité sans barrières, très proches de leurs supporters en kilt mais aussi de leurs familles et la défaite n'est pas une fin en soi. Le plus bel exemple est Finn Rusell, souriant, blagueur se prêtant aux selfies. Cet esprit famille, je le partage au Stade Toulousain ou chacun a son rôle sans autre barrière que la bienséance ! Faut dire que depuis 26 ans, nous sommes un vieux couple ! De lire cette actualité rugbystique ou les drames s’enchaînent, ou le nouveau Président de la LNR promet d’assainir un système plus ou moins crapuleux, de savoir que la FFR est en banqueroute  que Galthié fier de sa gloire neuve fait les manchettes de la presse, que notre Dupont est tombé dans les mailles du showbiz féminin, que nous nous leurrons de virtualités et d’égo, que le pousse café aura le goût de l’ail, l’amertume de la terre bien nourrie et que la rugosité des combats ne seront qu’une illusion si nos colonnes doriques, ioniques ou corinthiennes ne sont pas plus soudées que cela, elles feront comme celles de Mycènes, du bois dont on fait des flutes. Je termine par Alfred de Musset, XIXe oblige, "la vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité".

31 janvier 2025

 VI Nations à l'Ail

Le rugby aujourd'hui passe du coq à l'âne sans commune mesure et sans vergogne tel un barnum qui se déplace au grè des vents financiers et de l'audiovisuel. Fini l'antan ou chacun attendait religieusement ce moment décalé d'un rugby national pour se mesurer aux meilleures nations européennes. La saveur n'était pas dans les commentaires de notre légendaire Roger quoique mais par le fait de la lecture des journaux spécialisés qui nous relataient les préparatifs des uns et des autres nous laissant cette saveur perdue qu'on appelait le goût. Pas de réseaux sociaux, pas de télévision ou si peu, des matchs avec le bataillon de Joinville en fond de toile pour la mise en forme et pas une armada de joueurs et de remplaçants dont on fait faire actuellement des allers et venues comme dans l'import-export pour le bétail ! L'entraineur de l'époque n'avait pas non plus une kyrielle de savants spécialistes autour de lui et encore moins la technologie d'aujourd'hui. Nous étions dans l'humain, les qualités athlétiques, une grande diversité des clubs du championnat de France et pourtant "les pardessus" faisaient dans l'ombre le bonheur ou le malheur de chacun des sélectionnés. Le rugby s'est modélisé au fil du temps grâce aux ordinateurs, aux GPS et bientôt l'intelligence artificielle. Toutes ces périodes charnières sont de courtes durées effaçant de nos mémoires le beau et la tradition. Se rendre dans l'enceinte Dyonésienne n'a pas la même saveur que d'aller au Stadium. En cela, les coupes du monde m'ont beaucoup appris sur le côté culturel mais aussi touristique des tournois. Dans tous les cas de figures depuis 1999, ma première coupe du monde, se rendre au stade n'a plus le même sens selon les compétitions. Pour les coupes du monde, nous sommes devant un public de touristes alliant le double intérêt de voyager et de voir leurs équipes nationales sans pour autant être forcément de fins connaisseurs.  Les coupes d'Europe sont l'occasion de faire la fête et de sortir de l'étreinte de la maison ou du club contrairement au top 14 pour le citer. L e tournoi est devenue une sortie entre copains ou en famille permettant d'oublier les contraintes du quotidien. Côté rugby, le plus attendu pour ma part ce sont les chants. Nous les connaissons tous et pourtant chaque année, le plaisir est là avec les poils qui se dressent. Mes préférences, "Flower of Scotland", "Land of my Fathers" et plus récemment "Fratelli d'Italia" sans oublier Rouget de Lisle. Je ne sais pas dire pour quoi, probablement l’enceinte ? Enfin et le plus intéressant sont les équipes. L’ogre français, en termes de licenciés, a le choix de 42 joueurs voir plus si on prend les listes cachées ! Quid des autres nations plus pauvres en licenciés qui doivent se réinventer à chaque saison ! Si on fait un parallèle avec la coupe d’Europe, le bilan est plus que positif pour la France ! Et pourtant, au compteur, depuis 2010, 2 tournois gagnés en 14 ans, résultat plus que famélique, anorexique ! Ce qui remet en cause les compétences de Galthié ces dernières années sans souligner la défaite en coupe du monde. Il est possible de faire une analogie avec un grand cycliste français, souvent sur le podium, rarement vainqueur, le Poulidor du rugby ! Et nous avons soi-disant le meilleur 9 du monde sur qui tout repose ou presque! A contrario, nous avons la palme d’or des 3e mi-temps avec des joueurs emblématiques et un entraineur adjoint, toulousain, rappelé à l’ordre. Tout cela devient plus que fumeux, critiquable voire inacceptable au titre de l’éthique, des valeurs et de l’image de ce sport. Reste qu’à domicile, on devrait assurer le score et pour les déplacements, rien n’est moins sûr de potentiellement gagner le tournoi. Nous sommes habitués aux contre-performances depuis des décennies. "Le hasard gagne des batailles mais le coeur ne se gagne que par des vertus". Jean Pierre Florian (XVIII.e)

02 janvier 2025

2025, Année charnière


Selon le rituel grégorien, tous Mes Voeux pour 2025, année internationale de la Paix, de la Confiance et des Sciences Quantiques. Et le rugby cette année, ou va t-il se situer à 3 ans d'une nouvelle coupe du Monde ? 

2024 nous a apporté une médaille d'or à VII avec le facteur plus de l'équipe Antoine Dupont et une tournée d'automne flatteuse. Côté championnat et coupe d'Europe, un doublé du Stade Toulousain avec l'art et la manière quoiqu'on en dise. Pour autant, comme a pu le dire Blaise Pascal "La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c’est pourtant la plus grande de nos misères". Si la soif de voir de grands matchs s'étiole de plus en plus, les paillettes et la dorure font oublier la misère grandissante des enjeux et des rencontres. Comme vous le savez, j'étais au Stade de France pour voir mon équipe fétiche celle de tous les records et des grands joueurs planétaires. Pour dire, 15 minutes ont suffit aux Français pour gagner un match dominé par la "Flèche Argentée" rejoignant l'aphorisme bien connu"dominer n'est pas gagner". 

A l'évidence, 2025 sera encore et surement, sauf contre performances ou exploits, l'année de l'hémisphère sud avec les Bocks, dominateurs dans tous les domaines. Leur entraineur, empreint de confiance, modifie la quantique du jeu devenu plus savant qu'il n'y parait. Cette science de la reflexion, du flair et de l'instinct ne peut être que si vous avez des joueurs d'exceptions quasiment à tous les postes. Il est simple d'opposer le jeu de main du Stade Toulousain au jeu du caterpillar des Sud Africains. De toute évidence, nous ne sommes plus dans le même registre de compétitions. Celle du championnat ou celle de l'Europe est taillée pour les toulousains en avance sur les autres équipes de part la qualité des joueurs à tous les postes, de part un système de jeu de mains bien huilé, de part un buteur quasi infaillible et de part un effectif pléthorique de 51 joueurs ! Côté mondial, l'équation est bien différente jouant plus sur le poids, l'impact destructeur et parfois la vitesse de jeu et le buteur. Il est certain que de gagner une 4e coupe du Monde galvanise tout un pays et fait surgir des provinces des talents jusqu'alors loin de penser jouer au rugby. Le pays se structure à grande vitesse nous sortant des pépites talentueuses de plus en plus jeunes. Tout est basé sur les avants, puissants, agiles, guerriers à outrance, avec un banc essentiel de 6 joueurs sur 8 capables de remplacer la totalité de l'armada sans qu'on percoive une différence. Du Toit, Etzebeth, Dupont sont les pépites indétronables de ce jeu. Alors Galthié sera t-il au rendez vous des vraies échéances? Ce qui est certain c'est qu'Habana ne le porte pas dans son coeur ! 

Mais derrière cette vitrine fumée se cachent les miasmes qui rongent actuellement l'ovale. 2024 nous a révélé quelques pépites des plus tristes dont on aurait pu se dispenser. Tout d'abord, le comportement exemplaire du joueur quand il porte le maillot national. Nous avons encore défrayé la chronique avec nos deux séducteurs de pacotilles ! Pire, en toile de fond de ce fait divers, l'alcool, ivresse aiguë des profondeurs. Rimbaud disait "l'ivresse, c'est le dérèglement de tous les sens". Aujourd'hui, on nous parle trop souvent de la commotion cérébrale que l'on a découverte au travers de la NFL, de l'AHL et la LAH. On s'améliore en fermant les yeux mais la prévention mis en place ne sera appréciable que dans 10 à 15 ans avec l'apparition de leucoencéphalites post traumatiques le cas échéant. 

Autres sens camouflés sont l'alcoolisation, les stupéfiants, la dépression, la violence. Carl Hayman coche toutes les cases, la démence, l'alcool et la violence conjugale. Lui qui fût au firmament du rugby néo-zélandais est aujourd'hui en sursis d'aller en prison. Je ne peux oublier Marc Cécilion, que j'ai croisé en 1995 au CREPS de Toulouse pour les tests médicaux d'avant matchs de la coupe du Monde en Afrique du Sud. Une foce de la nature, se rebellant contre Berbizier, fumant cigarettes sur cigarettes avec quelques autres et alcoolique connu pour être festif. La vérité, laché par le monde du rugby qui savait, un soir en ivresse aiguë, il tua sa femme. Deux cas, deux extrèmes bien parlantes de ce monde opaque ou la conscience collective frise l'abnégation. 

La dépression n'est qu'une corollaire à cela car du jour au lendemain, sans reconversion bien pensée, vous sombrez vite sans gardes fous. Cruauté aussi celle des violences conjugales (Haouas, Houkpatin, ...), de la délinquance civile (cambriolages, vols, etc.) et les viols. Enfin, après sept ans d'un procés interminable, 3 joueurs écroués avec 14 ans de prison ferme. Personne ne parle du rôle des stupéfiants hormis Jegou ! Et pourtant, dans ces moments festifs, la came circule abondament, à huit clos vous détruisant physiquement mais surtout psychiquement. Et je n'ouvre pas la porte du dopage, un monde obscur de l'entre-soi piloté par World Rugby pour que ce sport soit propre. Vous avez donc compris que la quantique au sens figué du terme est ce qui passe brutalement d'une valeur à une autre, sans valeurs intermédiaires. 

Cette année sera donc charnière au delà de tous les autres problèmes anonymisés ou TUS (les troubles liés à l’utilisation de substances (TUS) : une maladie cérébrale à part entière, progressive, chronique et potentiellement mortelle), il est grand temps de tirer la sonnette d'alarme avant un désastre planétaire. Restons optimiste avec le XV de France accablé par un perpétuel renouvellement de joueurs et avec un fond de jeu qui va dans le sens contraire du vent et parfois de la logique.