Ail et Pousse Café
Rares sont les années ou nous cumulons les titres européens en U20 et Séniors et pourtant nous ne sommes toujours pas champion du Monde. Seuls les jeunes ont réussi la passe de trois échouant en finale en 2024 devant nos éternels ennemis les Anglais ! Si nous sommes toujours en train de parler de "Galthié", méfions-nous de "Mr Borthwick" et de Borthwick Castle, le fantôme écossais qui construit aussi sa toile avec un peu plus de difficultés. Vous le savez, ce n'est plus un secret, Médol a atteint la pyramide de l'événementiel et il a fallu 26 ans ! 26 ans de partage, de travail, d'abnégation, de déceptions et de joies avec un résultat positif, 2 coupes du Monde et un tournoi des VI Nations. Que cette chronique soit dédiée à toutes celles et à tous ceux qui ont fait de cette entité une marque de fabrique dédiée au Rugby et à l'Urgence avec toute l'Amitié que je leurs porte. Que sera le pousse café ? Le Stade de France a réveillé ma conscience d'observateur privilégié. Le cloisonnement de chacun nuit à une entière cohésion nationale. Et j'en veux pour preuve d'avoir passé la soirée d'automne avec Sir John Kirwan, l'antipode même d'une autre culture. Pas de barrières, un groupe seul et soudé ce que les éducateurs bénévoles vous transmettent dès le plus jeune âge. De voir Dupont isolé comme une bête curieuse m'a permis de percevoir que quand vous êtes blessé vous êtes encore plus vulnérable et traqué. Souvenir poétique d'Alfred de Vigny "La mort du loup" : "Il nous regarde encore, ensuite il se recouche, Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche, Et, sans daigner savoir comment il a péri, Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri .... Mais son devoir était de les sauver, afin, De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim, A ne jamais entrer dans le pacte des villes, Que l’homme a fait avec les animaux serviles, Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher, Les premiers possesseurs du bois et du rocher." Tout est donc question de hiérarchie dans les tribunes au-dessus du banc du terrain ou l'escadron des fantassins sonne le halali tant attendu. Personne ne se mélange et ne se parle sauf pour lever les bras ! Les remplaçants s'isolent du staff petites mains ; à côté siègent la plèbe des invités privilégiés des joueurs, en haut "la Cage aux Folles " et dans la tribune officielle les nantis de la FFR mélangés aux politiciens et au show bizz. Facile de comprendre que chacun doit jouer un rôle sans pour autant former un groupe. Pour cela, les coulisses vous apprennent encore plus sur les petits pouvoirs de chacun. Comme tout adjudant, il faut montrer patte blanche et écouter la leçon et les recommandations très pointilleuses. Moscato a une expression que j'aime bien "des pompes à vélo" ! Vous avez donc compris qu'ici point de "pousse café" au comptoir comme au club house, que chacun a ses privilèges et qu'on ne mélange pas torchons et serviettes. Et c'est d'autant plus frappant quand vous êtes avec nos cousins Ecossais faits de simplicité, de fluidité sans barrières, très proches de leurs supporters en kilt mais aussi de leurs familles et la défaite n'est pas une fin en soi. Le plus bel exemple est Finn Rusell, souriant, blagueur se prêtant aux selfies. Cet esprit famille, je le partage au Stade Toulousain ou chacun a son rôle sans autre barrière que la bienséance ! Faut dire que depuis 26 ans, nous sommes un vieux couple ! De lire cette actualité rugbystique ou les drames s’enchaînent, ou le nouveau Président de la LNR promet d’assainir un système plus ou moins crapuleux, de savoir que la FFR est en banqueroute que Galthié fier de sa gloire neuve fait les manchettes de la presse, que notre Dupont est tombé dans les mailles du showbiz féminin, que nous nous leurrons de virtualités et d’égo, que le pousse café aura le goût de l’ail, l’amertume de la terre bien nourrie et que la rugosité des combats ne seront qu’une illusion si nos colonnes doriques, ioniques ou corinthiennes ne sont pas plus soudées que cela, elles feront comme celles de Mycènes, du bois dont on fait des flutes. Je termine par Alfred de Musset, XIXe oblige, "la vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité".